L'homme qui marche

de Aurélia Georges.

Cet homme qui marche à l’intérieur de soi…
Qu’est-ce qu’un cinéaste sinon d’abord un regard ?
Dans son film, L’homme qui marche, Aurélia Georges s’attache à un personnage dont elle suit les pas avec douceur mais aussi obstination. C’est une cinéaste économe : peu d’éléments lui sont nécessaires pour créer une petite fresque à la fois grave et désenchantée : un visage, une silhouette, du hors champ et des non dits… Mais quel visage et quelle silhouette !
César Sarrachu, acteur magnifique prêtant ses traits à Viktor Atemian, figure centrale du film, apparaît dès son premier plan à l’écran comme une sculpture de Giacometti : on pense au Portrait de Diego, à ces Hommes qui marchent, longues silhouettes décharnées et filiformes.
Tout le film semble du reste traversé par l’oeuvre du sculpteur tant sur la plan plastique que sur le plan du questionnement. Comme Giacometti, la cinéaste ne garde que l’armature : elle décharne son personnage pour faire apparaître l’idée d’existence qu’il suppose, l’énigme de l’être qu’il supporte.
Aurélia Georges pose la question de la place de l’intellectuel dans la société française depuis les années 70 et la fin des utopies communistes jusqu’à nos jours. Le personnage créé par la cinéaste est à la fois contemporain et contraire absolu d’un Jean-Paul Sartre : Viktor Atemian n’est pas un intellectuel actif, un combattant, un harangueur de foule, il est écrivain, il ne fait rien d’autre qu’écrire. Mais pourquoi écrire quand ce qu’on écrit n’existe plus pour les autres, pour le dehors ?
Grâce à une grande épure formelle, Aurélia Georges revisite les lieux de la mythologie Germanopratine en refusant la reconstitution, les images d’Epinal. C’est à une évocation poétique, parfois empreinte de fantaisie ou même d’ironie, qu’elle convoque le spectateur, le laissant imaginer le hors-champ, l’entendre résonner.
Grâce à un remarquable travail d’ellipse et d’épure narrative, Aurélia Georges filme, plutôt que la vie d’un être éphémère, ses successifs rendez-vous avec ce que Malraux aurait appelé « sa part d’éternité »…

Béryl Peillard et Pascal Deux, Paris 2007

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